27 avril 2008

Brisons la glace...

Certains mettent systématiquement la grole dedans quand elles s'offrent amoureusement à nous sur le trottoir, d'autres portent toujours un t-shirt blanc quand c'est spaghetti bolo au menu, d'autres encore sont désignés d'office pour accueillir d'une épaule ou d'un crâne ingénu les chiures de mouette à la plage, moi j'ai développé un autre style pour les accumuler...Changement de cadre et de culture oblige, il fallait un peu innover. Je croyais que l'expression "c'est toujours sur moi qu'ça tombe" était un gros délire d'hypocondrio-paranoïaque, j'ai revu ma théorie depuis peu...thermo

Tout a commencé par un beau dimanche matin du mois d'avril. Comme le montre la photo ci-contre, le mercure se fait un peu trop plez: adios les - 52°C on boxe maintenant  dans la catégorie des positifs et notre petite baguette de coudrier baromètre (un accessoire charlesque...) a la trique (cf. photo) nous signifiant son large contentement. Bref, place à notre contrepètrie belge préférée IL FAIT BEAU ET CHAUD!

Alors QUOI DE MIEUX QU'UNE BALADE SUR LA RIVIÈRE GELÉE POUR FÊTER LE RETOUR DE LA CHALEUR??? Question stupide d'une française stupide qui ne sait même pas apprécier "la beauté éphémère de l'hiver abitibien" (éphémère mon cul t'as le temps d'le voir passer ton papillon!!!)
En tout cas partout ici les gens se transforment en véritables boulimiques du flocon pour ne rien louper des derniers week-ends de frette. Et tiguidou qu'ils te ressortent les patins, les skis, les luges, les raquettes et c'est limite s'ils voudraient pas enfiler tout en même temps. "Hé chérie jsors faire mon dernier Paskiluquettes!" "N'oublie pas ton Mifoutuque!" (ndlr: explication de la blague du jour: mitaines, foulard et tuque signifiant gants, écharpe, et bonnet)

Bref! Est-ce une déformation du syndrome de Stockholm? Ptête ben...Le coup classique: la neige nous a bien crissé les gosses pendant 4 mois mais bêtement, on finit par s'y attacher. Et quand subitement elle nous fout enfin la paix on se sent tout perdu, la pelle a neige nous fait pitié, la désaleuse déprime et le sirop d'érable n'a plus de goût...
Donc bref les derniers week ends en blanc c'est un devoir national que de profiter des ultimes parcelles enneigées.

Et donc on the road again, direction le pont de la rivière Caille pour une dernière rando printanière.

outaouaisfondu

Tiens c'est marrant la dernière fois ce trou là il y était pas...

Trois kilomètres de fleuve gelé plus loin, nous voilà revenus sur la terre ferme, arrivant en vue du petit chalet que nous étions venus visiter. En tout cas les affamés de la poudreuse doivent se faire plaisir, y a tellement de matos qu'on s'enfonce complètement à chaque foulée (voire bouffée...). On finit le trajet à quatre pattes avant de tenter la technique rouleau de printemps...après tout c'est la saison. Notez que Jo est debout sur la prochaine photo.

jo_deboutchalet

Petit obstacle avant d'arriver au chalet: le canal de la mort qui tue
6 m à traverser. Une broutillette.

canal

Notre Chichigui national ( = "héron" en algonquin) alias François, notre collègue de 2 mètres quarante douze pour 75kg, s'élance en première ligne sur le canal gelé la confiance gerbant de tous les pores de sa peau et progresse d'un pas assuré vers la berge salvatrice. Tiens, c'est rigolo, 10 mètres plus loin y a un petit trou dans la glace qui fait blop et recrache de l'eau chaque fois qu'il fait un pas. Et vous entendez pas des craquements bizarres??? "C'est le vent ostie" yeeeaaaah right!

N'empêche que le chichigui avec ses grandes pattes d'oiseaux il arrive de l'autre côté! 1 point pour le clan des bûcherons.

Ok bon bah ni une ni deux après tout nous sommes en présence d'un enjeu de fierté nationale, pi ça arrive que dans les films les conneries à la Léo au milieu des icebergs, enfin c'est ptête un héron l'oiseau mais nous on n'est pas des poules mouillées let's go then...à mon tour de marcher sur l'eau! (en y repensant il est quand même fort ce Jésus)

Bon bah la suite on s'en doute, les craquements et tout le bordel c'était pas que pour faire joli, heureusement Chichigui n'a pas que des grandes pattes, il a aussi des grands bras pour pouvoir vous attraper à la minute où une crevasse s'ouvre sous vos pieds... Bilan: un demi-talon humide, une bonne tachycardie et une mini-banquise recouverte d'eau en moins de temps qu'il ne faut pour tremper la botte dedans.

crevassecrevasse2crevasse3

canal1canal3canal4

Forcément, le chalet est sur une île donc forcément, il faut retraverser (200 mètres plus loin histoire de retrouver un peu de glace intacte...) et forcément, rebelotte... cette fois-ci la punition est plus sévère, c'est la cheville qui va flirter avec les glaçons, toujours dans le camp français (et toujours moi forcément mais mon orgueil morfle à l'écrire...) Cependant, pas de perte d'orteil au programme (déception dans le public) parce que ça a beau être moche ça coûte cher ces machins-là.

Le lendemain, on arrive au bureau, et naturellement tout le monde braillait gaiement que les deux françaises étaient tombées entièrement dans la rivière gelée. C'est ce qu'on appelle le téléphone algonquin.

Cependant, il serait triste que l'histoire se termine ici. J'évoquais en effet plus haut un phénomène de répétition, à l'origine de mon regard blasé sur ma relation conflictuelle avec les rivières gelées.
Une semaine plus tard, nous retournions sur le terrain avec quelques membres de la communauté à la recherche de traces d'orignal (qu'on appelle aussi élan en Europe).

traceprofondorignal1piste
Les traces mesurent plus d'un mètre de profondeur. Remarque: contrairement aux Québécois, la neige c'est pas vraiment son trip vu que Décathlon ne fait pas encore de raquettes pour orignal et que ça lui bouffe pas mal d'énergie de balader partout ses grandes gambettes.

Quand on a découvert la piste, c'était bizarre comme moment, presque solennel: l'orignal est vraiment unmoos animal très estimé par les algonquins, qui ne le chassent pas mais le "prélèvent", remercient Djo djo Aki (Notre Mère la Terre) pour ce cadeau et utilisent encore aujourd'hui absolument tout ce qui peut l'être dans l'animal, que ce soit la peau pour les vêtements, les os et le panache pour l'artisanat, les tendons pour les raquettes et mangent tout le reste. Miam. Comparons à cela aux chasseurs blancs qui abattent la bête, leur scient la tête, abandonnent le reste du corps et fixent le trophée de leur virilité sur leur pick-up jusqu'à ce chacun de leurs blaireaux de potes leur ai fait un commentaire admiratif emprunt de jalousie et de dédain, en se promettant tout bas d'en abattre un plus gros dans les plus brefs délais pour exposer sur son truck plus gros.

Bref. Ce jour là, nous n'étions pas dans le bois pour comparer la taille des fusils. Les chasseurs algonquins qui nous accompagnaient et qui connaissaient la responsable de ces traces (une femelle puisque les ergots sont placés haut, "comme les talons d'une dame") étaient alors à la fois fier de nous montrer leur trésor mais aussi presque émus, et très respectueux envers elle, même attentifs à ne pas abîmer les marques de l'orignal. C'était chouette...

Après cette escapade très poétique et culturelle (au milieu de chasseurs, ça change!) je me suis laissée tenter par une ultime démonstration  de mes talents de perceuse à banquise. On avait senti le vent venir pendant la traversée du lac gelé, en remarquant que nos raquettes s'enfonçaient dangereusement dans la croûte en laissant des traces humides derrière nous (surtout qu'on fermait la marche après le rivierenispassage du troupeau!) mais une fois n'est pas coutume, en queue de peloton c'est moi qui m'y suis collée sur la traversée d'une petite rivière... J'avais quand même un titre à défendre! Faut que je leur demande quelle est la traduction de Moïse en algonquin...

Truc & astuce pour la traversée de glace pilée: les raquettes de 1m de long sur 40cm de large, ça aide pas...


Le mot de la fin: dans le prochain message, il n'y aura plus de neige ni de glace et ça c'est cooooooool

Posté par Raphounette à 02:58 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Brisons la glace...

    Raph, franchement, tu gères!

    Je crois que quand tu reviendras, tu mériteras bien un verre ou deux au soleil de la place plum' pour nous raconter toutes tes émotions!

    Posté par Gricha, 28 avril 2008 à 01:30 | | Répondre
  • t as pas essaye la plongee dans la glace comme le heros du Grand Bleu ?
    en tout cas ici c gave de canadiens en tous genres, qui apparamment sont en vacances, et la neige ca a pas l air de leur manquer.

    Posté par xavier, 02 mai 2008 à 01:15 | | Répondre
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